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Miquel Mont
Né en 1963 à Barcelone (Espagne)
Vit et travaille à Paris

4 Mono-tones
Chapelle de Locmaria, Séglien

Si le tableau est considéré comme l’objet par excellence de la peinture, les peintres abstraits ont depuis longtemps fait voler en éclats sa définition classique en le considérant autant comme un espace réel d’expérimentation que comme le support traditionnel de l’image.

[…] Depuis plus de quinze ans, à l’écart des modes, Miquel Mont développe une œuvre raffinée, à la fois sensible et conceptuelle, dans l’héritage et la poursuite de la peinture abstraite et minimale. Elle se définit, au-delà de la figure et de la narrativité, comme une recherche sur les conditions, les contextes et les limites de la peinture, de la conception de l’œuvre à son exposition. Libéré de toute contrainte de représentation, ce travail poursuit avec séduction et dynamique une analyse et une exploitation des fondamentaux de la peinture. À partir du seul usage d’un vocabulaire et d’une grammaire radicalement ramenés à leur plus simple expression – couleur, matière, geste et support – chaque réalisation de Miquel Mont est une tentative de renouveler l’équilibre subtil entre le processus de mise en œuvre et l’expérience première de vision, inhérente à la peinture. La peinture de Miquel Mont ne se dédie à aucun sujet, elle se prend elle-même comme objet, interrogeant sans relâche son sens par la construction d’un inventaire des possibilités de se montrer en tant que telle. Il en est ainsi de séries dans lesquelles la couche picturale est soumise à décollements, superpositions ou écrasements, ou d’autres dans lesquelles le support est perforé, exagérément réduit ou gonflé. Mais là où le danger pour l’artiste serait de s’aveugler dans un exercice formaliste vidé de sens, Miquel Mont réussit le pari de continuer à interroger le regard. Non seulement il ne réduit pas la peinture à un objet distant, ludique ou contemplatif, mais, plus encore, il engage le regardeur dans une relation participative avec l’espace et le réel.

[…] Chez lui, le tableau demeure un élément central de la peinture. Il ne le condamne pas, mais continue à l’explorer en le maintenant en équilibre entre affirmation et déconstruction. À partir du tableau, ce sont les supports et les formes éventuelles de la peinture qui sont questionnés. L’architecture, dans son caractère à la fois esthétique et utopique, mais aussi dans ses fonctions sociales, devient souvent un référent à l’aune duquel il mesure la pratique picturale, et la fonction de l’art en général. De l’aplat monochrome et décoratif au lettrage ostentatoire d’une appellation commerciale, Miquel Mont investigue toute une gamme d’interventions où la peinture, pragmatique et tenue à distance de l’interprétation subjective, alimente une réflexion politique sur l’économie des signes, des couleurs et des matières dans l’espace urbain. La réalité est prise à partie par l’œuvre. Qu’elle soit clairement évidente ou à la limite de l’invisibilité, elle se mesure aux signes de pouvoir dans l’espace public. Sans bruit et en incitant le regard à ralentir sa course, l’œuvre de Miquel Mont produit ainsi des objets de plaisir et de pensée.
Olivier Grasser (extraits)

Entretien radiophonique avec Miquel Mont
Réalisé en partenariat avec Radio Bro Gwened
(www.radiobreizh.net)