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Christophe Cuzin
Né en 1956 à Saint-Siméon de Bressieux (Isère)
Vit et travaille à Paris

La Chapelle des Hautes Plaines
Lieu dit Le cloître

[…]
Supports /Surfaces
, BMPT, les questions sur l’objet, l’épaisseur de la peinture, la tranche, le châssis, le monochrome, la couleur, la planéité ; tout cela constituait le contexte de mes études. 

Aujourd’hui, cela m’excite de pousser la question jusqu’au bout. Si je peins au rouleau sur un mur, est-ce que c’est encore une œuvre ? Est-ce que cela parle de la couleur ? Comment poursuivre la déconstruction du tableau et l’impersonnalité d’un geste ? Ce  que je souhaite avant tout, c’est que des gens puissent se dire en voyant mon travail qu’ils peuvent en faire autant et s’ils n’ont pas ce sentiment alors je ne vois pas la nécessité de faire l’œuvre ; parce que la véritable interrogation, ce n’est pas comment cela a été fait mais de se demander pourquoi on le fait. Ce sont ces réflexions qui m’ont amené vers la non prouesse, voire la délégation du travail. Je ne sais toujours pas si je suis figuratif ou abstrait. Souvent je me sens plus figuratif que les peintres figuratifs dans la mesure où je représente ce sur quoi je peins, c’est à dire l’architecture du lieu, qui elle est bien concrète. Pourtant, je ne repousse pas la forme abstraite, je la défends avec énergie. Je trouve d’ailleurs assez significatif que la peinture qui est déclarée morte à peu près tous les dix ans, renaît toujours par la figure. J’en conclus que c’est l’abstraction que l’on veut tuer, comme si la peinture n’était destinée qu’à la figuration. L’abstraction suisse avec des artistes comme Stéphane Daflon ou Philippe Decrausat a bien une actualité mais, pour moi, c’est une iconographie clichée des années soixante-dix. Je ne crois pas à une abstraction qui revendique une forme, mais juste un clin d’œil.

LA COULEUR AVANT TOUT

La couleur est le sujet de mon travail, elle me fascine encore, même si elle n’est que lumière. Cela me plaît de faire un métier qui n’emploie que cela, que mes outils ne soient que de la lumière. Je ne comprends toujours pas comment le jaune est jaune. Je pourrais étudier les phénomènes physiques et chimiques mais je préfère rester dans la magie et j’ai l’impression que le souvenir de la couleur est un peu comme le souvenir du parfum, quelque chose de très précis mais que l’on aurait du mal à attribuer à telle ou telle personne. J’ai choisi la nomenclature RAL, ces couleurs étalon qui ont pour but de pourvoir l’industrie et l’artisanat comme la plupart des architectes. J’ai toujours employé, même pour mes tableaux,  de la peinture en bâtiment, d’une part parce que c’est moins cher et d’autre part parce qu’elle est la plus mate, qu’elle n’a pas de jeu de reflets, elle avale. Comme je peins souvent d’importantes surfaces, au minimum dix mètres carrés, je me suis aperçu que cette couleur crée un espace autour d’elle : par exemple un monochrome rouge RAL crée un espace rouge d’une profondeur d’environ un mètre vingt. Je ne sais pas ce que je peux faire de cela mais c’est passionnant et c’est pourquoi je parle d’immersion. La couleur devient une matière en volume.

Les éclairagistes n’interviennent jamais dans mon travail, j’utilise toujours la lumière naturelle ou celle du lieu. J’ai parfois utilisé la lumière au sodium basse pression, car je suis fasciné par la lumière des tunnels, elle est la seule à être monochrome, c’est presque une couleur et quant on  la met dans un lieu d’art, c’est magique. J’ai même fait une exposition appelée Sodium qui était éclairée par ce moyen et j’ai peint les volumes dans des couleurs primaires : si bien que le publique avait du mal à identifier les couleurs.

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La peinture figurative exerce une espèce de fascination. Elle possède un secret latent mais c’est un territoire que je laisse au loin. D’ailleurs, la peinture est peut être le dernier lieu de subversion puisqu’elle n’arrive toujours pas à entrer dans la télé ; les images de la peinture sont des images de lutte contre la vitesse qu’on nous impose. […]

J’aime exposer avec d’autre artistes pour ne pas travailler uniquement à l’endroit qui m’intéresse ; c’est ce qui est périphérique qui fait le déplacement de mon travail. Je ne suis pas cantonné à une seule forme, je veux aller sur les côtés tout en conservant les deux paramètres qui me semblent très importants : que n’importe qui puisse en faire autant et que le travail soit spécifique à un site et à un moment précis car c’est toujours le lieu qui fait l’œuvre.

Extraits de l'article de Alain Berland pour PARTICULES N°28 Avril/Juin 2010

Site internet : cuzin.canalblog.com

Entretien radiophonique avec Chrisophe Cuzin
Réalisé en partenariat avec Radio Bro Gwened
(www.radiobreizh.net)