Damien Cabanes
Vit et travaille à Paris et à Montreuil-sous-Bois.
Représenté par la galerie Éric Dupont (Paris)
Une unique sculpture - un dôme de plâtre d’environ deux mètres de diamètre peint à la gouache de couleur
rouge sur lequel sont plantées des boules semblables entre elles, recouvertes à la gouache de bandes horizontales
colorées. L’œuvre est placée, dans la chapelle Saint-André de Cléguérec, à la croisée du transept, écho
intérieur au clocher extérieur.
J’ai choisi pour elle une position sacrée.
Les boules sont au nombre de sept. Sept est un chiffre sacré, parfait, rencontré souvent dans la Bible. Une
sculpture porteuse de sacré ? Une sculpture peinte, comme le sont les sablières dans les chapelles de Bretagne.
Chez Cabanes le sacré est mis à mal par le caractère enfantin de l’œuvre, qui l’inscrit dans un monde profane.
Il y a en effet une fausse simplicité enfantine dans son utilisation des couleurs (du rouge mais aussi du jaune,
du bleu et du vert) appliquées en une couche ou superposées en laissant les différentes couches visibles,
comme dans l’élaboration de la sculpture qui fonctionne par addition de formes élémentaires (un + sept). Je recherche ça, l’enfance, et il y a dans mon approche un côté ludique, un côté très simple, qui peut
parfois aller de pair avec quelque chose de plus terrifiant.
L’œuvre est mystérieuse, inquiétante. La couleur est badigeonnée, le plâtre apparaît par endroits, les coulures
sont nombreuses. Ce caractère sacré et dégradé pourrait évoquer la “Cathédrale de la misère érotique” de Kurt
Schwitters, qui nommait ainsi le Merzbau auquel il travailla durant vingt ans à Hanovre. Un sacré retourné,
donc. Y participe la construction même de la sculpture, par assemblage – comme chez Schwitters, qui usait
également de plâtre. Je laisse tous les éléments d'exécution apparents, je ne les efface pas, et tout peut être défait, les éléments
sont souvent démontables. Il y a une apparence de fragilité.
Dans la chapelle, l’œuvre est installée directement sur le sol. Haute de plus d’un mètre, elle semble à la fois
inachevée et prête à s’effondrer – les boules menaçant de proliférer ou de s’écraser. On peut y lire l’arrêt d’un
mouvement, apparition ou disparition, et cette lecture est renforcée par la présence, sur les boules, des bandes
colorées qui suggèrent un second mouvement. Ces notions d’apparition et de disparition imprègnent les
textes de Samuel Beckett, que Cabanes cite fréquemment à propos de son travail. L’artiste se souvient, dans
la pièce Oh ! les beaux jours montée au Théâtre du Rond-Point à Paris dans les années quatre-vingt, de
Madeleine Renaud jouant le personnage de Winnie, le corps enterré, englouti au centre d’un mamelon, duquel
dépassait son torse seul, puis uniquement sa tête. L’œuvre de Beckett compte vraiment beaucoup pour moi. Il y a quelque chose de terrible chez lui, le
drame d’être là, ici et maintenant, sans savoir pourquoi, le drame d’apparaître, de disparaître. Ces
notions sont au cœur de mon travail, et ce sont des choses fondamentales dans l'existence. Chez
Beckett, c'est du côté de la tragédie, chez moi, il s'agit plutôt d'étonnement.
Entre sacré et profane, apparition et disparition, la sculpture de Cabanes interroge.